Sur les cailloux d’Artemis 2 !
- Roland J. Keller
- il y a 15 minutes
- 4 min de lecture
Flash-back floridien. Pendant que nous attendions le lancement de Crew-12, deux confrères Rob van Mackelenbergh et Gerhard Daum et moi-même avons vécu un moment rare : être conduits, presque à l’improviste, sur le pas de tir 39B du Kennedy Space Center. Sur du quartz !
[Back from – Cape Canaveral, February 14, 2026. English below] – Un privilège discret. Presque VIP. Sans badge spécifique pour la mission, mais avec l’essentiel : l’œil, l’appareil et le silence du lieu que j'avais déjà foulé. Mais cette fois, je me suis mis à hauteur de sol. Littéralement.
Une route qui n’en est pas une
Entre le Vehicle Assembly Building (VAB) et le pas de tir 39B s’étire ce que l’on appelle la crawlerway. Un "chemin” large d’environ 40 mètres. Deux voies parallèles. Et une surface qui n’a rien d’un chantier ordinaire. Ce ne sont pas de simples gravillons, mais des galets de rivière, ronds, durs, issus principalement des rivières d’Alabama et du Tennessee. Du quartz, environ 8 sur l’échelle de Mohs. Sélectionnés pour leur résistance à l’abrasion, leur faible teneur en fer, leur capacité à ne pas produire d’étincelles sous les chenilles.
Sous ces galets, environ deux mètres de couches concassées et de remblais compactés. Au total, près de 70'000 tonnes de roches importées, notamment de Jemison, Alabama.
Pourquoi des galets ronds ?
Parce qu’ils se comportent comme de minuscules roulements à billes. Sous les 15 millions de livres cumulées du crawler et du lanceur, ils se déplacent légèrement, répartissent les charges, limitent la friction et la chaleur. L’asphalte fondrait. Se déformerait. Collerait aux chenilles. Ici, rien ne colle.Tout roule.
Allongé au ras du sol, j’ai cadré ces galets comme on cadre une mer minérale. Devant moi, la masse orange et blanche du SLS dressée vers le ciel. On comprend que la conquête lunaire repose, très concrètement, sur des cailloux. Des choix géologiques. Des marchés passés avec des carrières. Une ingénierie presque silencieuse. Une addition de détails terrestres parfaitement maîtrisés.
Et maintenant ?
Dans quelques mois, le crawler fera trembler ces galets et le SLS s’élancera vers la Lune.
Pour l’heure, je reste marqué par cette sensation très concrète : sous mes semelles, les mêmes pierres qui supporteront plus de 15 millions de livres de technologie lunaire. Être, pour Artemis II, le seul reporter suisse à avoir foulé ces cailloux précieux donne à l’instant une dimension particulière.
On Artemis’ 2 Rocks
While waiting for the Crew-12 launch, two fellow reporters Rob van Mackelenbergh et Gerhard Daum ) and I experienced something rare: being driven—almost spontaneously—onto Launch Complex 39B at the Kennedy Space Center. On quartz.
A quiet privilege. Almost VIP. No specific badge for the mission—just the essentials: the eye, the camera, and the silence of a place I had walked before.
But this time, I went down to ground level. Literally.

A road that isn’t a road
Between the Vehicle Assembly Building (VAB) and Launch Complex 39B stretches what NASA calls the crawlerway.
About 130 feet wide. Two parallel lanes. And a surface that looks nothing like ordinary construction gravel. These are not simple stones.
They are river rocks—rounded, hard, sourced mainly from rivers in Alabama and Tennessee. Quartz, roughly 8 on the Mohs hardness scale. Selected for abrasion resistance, low iron content, and their ability to prevent sparking under the crawler’s massive tracks.
Beneath the surface layer lies nearly two meters of compacted fill and crushed stone.
In total, close to 70,000 tons of river rock—much of it from Jemison, Alabama—form this extraordinary roadway.
Why round rocks?
Because they behave like millions of tiny ball bearings. Under the combined weight of the crawler and the rocket– over 15 million pounds– they shift slightly, distributing loads, reducing friction and heat. Asphalt would soften. Warp. Stick to the tracks.
Here, nothing sticks.Everything rolls. Lying flat on the ground, I framed these stones like a mineral sea.In the distance, the orange-and-white mass of the SLS rising into the sky.
That perspective changes everything. Lunar exploration rests – quite literally– on rocks.On geological decisions.On contracts with southern quarries.On quiet engineering precision. Space is often thunder. But it begins with stone.
And now?
In a few months, the crawler will shake these quartz stones as it carries Artemis II toward the Moon. For now, what stays with me is the very tangible sensation: under my boots, the same rocks that will support more than 15 million pounds of lunar ambition.
For Artemis II, I am the only Swiss reporter to have walked this crawlerway.
These stones may come from Alabama rivers—but they already belong to the next chapter of human exploration.
Just a few steps away from the astronauts as they exit the O&C building stands Jared Isaacman. Dark suit. NASA badge around his neck. A focused, attentive gaze.
The agency’s director is not watching from a control room or standing behind a podium. He is there, on the ground, only meters from the crew as they begin their final sequence on Earth. A quiet presence. But a powerful one.






























