Crew-12 : un million de chevaux, sans sabot
- Roland J. Keller
- il y a 5 minutes
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[Cape Canaveral, February 10, 2026, English below] – Cette fois, pas de fouille par le chien K9 de la NASA. Pas de museau officiel dans les sacs. On a gagné du temps. Une quarantaine de photographes embarquent dans le long bus gris fade direction le pas de tir. Consignes écrites : pas de photos aux alentours. Discipline impeccable.
Le bus nous dépose sur un monticule à un mile (1,6 km) de la Falcon 9. À vol d’oiseau, on l’effleurerait presque. Enfin… l’oiseau, lui, ne serait peut-être pas du même avis au moment de l’allumage.
Devant nous : une forêt de trépieds. Tous alignés vers la même verticale. Une cavalerie immobile. En hippisme, lorsque je photographie un cheval à l’obstacle, je sais qu’il va bouger. Il peut hésiter, se dérober, accélérer plus que prévu. Il vit. Il respire. Il transpire.
La fusée, elle, ne bougera qu’une seule fois. Et quand elle le fera, il n’y aura ni refus ni deuxième passage.
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On change d’échelle
On parle souvent de « chevaux » pour mesurer la puissance d’un moteur. Ici, on change d’échelle. Au décollage, la Falcon 9 développe environ 7,6 méganewtons de poussée, soit quelque 760 tonnes-force réparties sur ses neuf moteurs Merlin. Si l’on traduit cet ordre de grandeur en chevaux-vapeur, on arrive à  quelques millions de chevaux. Quelques millions.
Une voiture européenne moyenne développe 120 à 150 chevaux. Faites la division : le décollage d’une Falcon 9 correspond à peu près à  un million de voitures à pleine puissance. Un million. Certes, la comparaison est imparfaite : on juxtapose une poussée et une puissance mécanique, et les physiciens pourraient lever un sourcil. Mais pour l’image, elle tient.
En concours, un cheval refuse parfois l’obstacle. Une voiture cale. Ici, un million de chevaux chargent en même temps… vers le ciel.
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Réglages nocturnes
Il est huit heures du matin. Le lancement aura lieu de nuit. Tout se joue maintenant. Exposition anticipée, ouverture calculée, cadence maîtrisée. Je garde mes réglages pour moi  – un peu de mystère fait partie du métier – mais le défi est simple : capter l’instant exact où la lumière déchire l’obscurité.
Sur le boîtier, un déclencheur acoustique Miops. C’est lui qui donnera le départ, au son des moteurs. Encore faut-il avoir réglé la sensibilité avec finesse. Trop sensible ? Un oiseau passe et la carte se remplit à la mitraillette. Trop prudent ? La fusée s’élève et l’appareil reste stoïque. Toujours cette petite angoisse numérique : la carte tiendra-t-elle ?
Puis vient le moment étrange
On installe. On cadre. On fixe et on repart. On laisse l’appareil seul face à la fusée comme laisser un pur-sang sellé au paddock… sauf que celui-ci ne rêve pas de galoper dans un pré. Il rêve de quitter la Terre. Le cheval cherche parfois à rester au sol. La fusée, elle, n’a qu’une obsession : le ciel.
Nous remontons dans le bus. Derrière nous, le pas de tir. Devant nous, l’attente.
Et je me dis, en souriant : entre les obstacles jurassiens et l’orbite basse, le photographe reste le même. Il anticipe, il ajuste, il espère. Sauf qu’ici, l’obstacle culmine à 400 kilomètres d’altitude. Et celui-là , aucun sabot ne l’a encore franchi.
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Crew-12: One Million Horses. No Hooves
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Thursday morning. About twenty-four hours before launch. 8:00 a.m. sharp.Time to place our remote cameras on the pad — those silent sentries you install, frame carefully… and then leave behind to face the rocket alone.
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No K9 inspection this time from NASA. No official snout checking the gear. We gain a few precious minutes. About forty photographers climbed aboard the long, slightly faded gray NASA bus headed for the pad. Written instructions: no photos of the surroundings. Discipline is flawless. The bus drops us on a small mound about a mile (1.6 km) from the Falcon 9. Close enough to feel involved. Far enough to stay humble. As the crow flies, you’d almost touch it. The crow, however, might reconsider ignition.
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In front of Us: a Forest of Tripods
All aimed at the same vertical line. A motionless cavalry. In show jumping, when I photograph a horse at an obstacle, I know it will move. It may hesitate. It may refuse. It may surge forward more aggressively than expected. It lives. It breathes. It sweats. The rocket will move only once. And when it does, there is no second attempt.
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A Different Scale
We often measure engines in horsepower. Here, we leave the stable behind.
At liftoff, a Falcon 9 produces roughly 7.6 meganewtons of thrust — about 760 tons of force generated by its nine Merlin engines. Translate that into the language of horses, and you’re looking at several million horsepower.
Several million. A typical European car runs around 120 to 150 horsepower. Do the math: a Falcon 9 liftoff equals roughly one million average cars at full throttle. One million.
Yes, the comparison isn’t perfectly clean. We’re matching thrust (a force) with mechanical power. Physicists may raise an eyebrow. But for scale, the image holds. At a competition, a horse might refuse the jump. A car might stall. Here, a million horses charge upward at once.
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Night Launch Math
It’s 8:00 a.m. The launch will happen at night. Everything is decided now. Exposure pre-calculated. Aperture chosen. Frame locked. I’ll keep my settings to myself — a little mystery belongs in this business — but the mission is simple: capture the instant when fire tears through darkness.
Mounted on the camera: a Miops acoustic trigger. It listens for the roar of the engines and fires automatically. Provided, of course, the sensitivity is set just right. Too sensitive? A bird crosses the frame and the camera machine-guns the memory card. Too conservative? The rocket climbs and the shutter remains politely silent. That quiet digital anxiety never quite leaves you. Will the card hold ? Will the trigger hear correctly? Will timing and physics shake hands?
The Strange Moment
Then comes the oddest part. You install. You frame. You tighten everything down.
And you walk away. You leave the camera alone in front of 70 meters of vertical engineering. Like leaving a saddled thoroughbred in a paddock – except this one doesn’t dream of galloping across a field. It dreams of escaping Earth. A horse sometimes prefers the ground.A rocket has only one ambition: the sky. We board the bus again. The pad recedes behind us.Ahead lies the wait. And I smile.
Between show-jumping obstacles in the Jura and low Earth orbit, the photographer remains the same species. He anticipates. He adjusts. He hopes. Only difference: tonight’s obstacle sits 400 kilometers above the planet.
And no hoof has ever cleared that one.



















