La NASA ajuste le tempo
- Roland J. Keller
- il y a 4 minutes
- 6 min de lecture
Entre reports lunaires et cadence orbitale, Artemis attend, Crew-12 avance. Lancement de Falcon 9 avec Sophie à bord : ce mercredi 11 février 2026 !

[Cape Canaveral, February 6, 2026, English below] – Il me semble que, tout comme moi, la NASA a été un peu déphasée en ce vendredi 6 février 2026. En principe, c’est aujourd’hui qu’on aurait dû assister au lancement historique de la grosse fusée Artemis II et, en même temps, à l’arrivée des astronautes de Falcon 9 (la « petite » fusée), l’équipage de Crew-12. Or, la NASA nous avait bien tous admis sur le tarmac pour les accueillir, comme cela se fait habituellement. Mais, en dernier recours, les responsables nous ont priés de rester au bercail… tous les journalistes et reporters. Ce n’est pas faute qu’on ne nous aime plus, mais qu’avec cet imbroglio d’événements (le décalage du lancement d’Artemis), c’était une peu vite aller en besogne. Pas grave, la suite se présente mieux pour nous les médias.
Toujours est-il que cette journée résume assez bien l’écart de tempo entre Artemis, qui prend son temps lunaire, et Crew-12, réglée comme une horloge de basse orbite. Les choses sérieuses commencent en réalité lundi 9 février 2026, avec la conférence de presse de l’équipage, sur site, à 11 h (heure locale), soit 17h en Suisse. Puis, le mardi, ce sera pour nous autres reporters l’occasion de poser nos appareils photo autour de la tour de lancement, sur le pas de tir SLC-40 A — celui désormais aménagé pour les vols habités, avec sa tour dédiée.Je suis d’ailleurs fier de préciser que la NASA a attribué à certains d’entre nous (je ne sais pas encore qui) un emplacement à part pour la prise de vues. Un coin qui semble idéal, à en juger par le plan reçu… plan que je me garderai bien entendu de dévoiler.
Le lancement est toujours prévu ce mercredi 11 février à 6 h 01, heure locale (12 h 01 en Suisse). Une précision qui compte ici, tant cette mission s’inscrit dans une mécanique bien huilée : Crew-12 n’est pas un vol de prestige, mais un rouage essentiel de la présence humaine permanente à bord de la Station spatiale internationale.
Il s’agit du 12e vol opérationnel du programme Commercial Crew, mené conjointement par la NASA et SpaceX, avec une capsule Crew Dragon propulsée par une Falcon 9. Objectif : assurer la rotation de l’équipage de l’ISS pour une mission de longue durée, d’environ neuf mois, et garantir la continuité des recherches scientifiques en orbite basse. Le calendrier a d’ailleurs été légèrement avancé afin de remplacer plus rapidement Crew-11, rentré de manière anticipée pour raison médicale.
À bord, un équipage international aux profils très complémentaires : Jessica Meir (commandante) et Jack Hathaway (pilote) pour la NASA, Andrey Fedyaev pour Roscosmos, et surtout la Française Sophie Adenot, spécialiste de mission pour l’Agence spatiale européenne (ESA). Pour elle, ce sera un premier vol spatial... et déjà une mission longue, ce qui en dit long sur la confiance placée dans cette nouvelle génération d’astronautes européens.
La partie européenne de Crew-12 porte d’ailleurs un nom : Epsilon, la mission personnelle de Sophie Adenot à bord de l’ISS. Ingénieure, pilote d’hélicoptère, colonel de l’Armée de l’air et de l’espace, première femme pilote d’essai hélicoptère en France, elle incarne un profil très « essais en vol », particulièrement précieux pour les recherches menées en microgravité. Au programme : études sur l’adaptation du corps humain à l’apesanteur – circulation sanguine, performances cognitives, effets à long terme – mais aussi expérimentations technologiques liées à la prise de décision et au pilotage dans des environnements à gravité altérée. Autant de briques indispensables pour préparer les futures missions lunaires et martiennes.

L’ESA a également tenu à souligner une dimension plus inattendue, mais très concrète, de cette mission : la dimension culturelle et psychologique. Sophie Adenot emportera ainsi à bord plusieurs plats conçus par la cheffe étoilée Anne-Sophie Pic. Bien manger en orbite n’est pas qu’un luxe : c’est aussi un facteur de bien-être et de performance sur des missions de longue durée.
Pour la France, Crew-12 marque l’émergence d’une nouvelle figure d’astronaute nationale après Thomas Pesquet, avec un ancrage plus marqué dans l’aéronautique d’essais. Pour l’Europe, la mission Epsilon montre que les astronautes de la promotion ESA 2022 ne sont pas cantonnés à de simples séjours de courte durée : ils entrent directement dans le cœur du dispositif ISS, véritable tremplin vers Artemis et, à plus long terme, vers des ambitions européennes renouvelées en vols habités.
En attendant, nos montres sont réglées, les badges prêts et les objectifs nettoyés. Ici, à Cap Canaveral, on sait qu’en spatial, l’attente fait partie du voyage. Artemis prend son temps lunaire, Crew-12 garde son rythme orbital… et les reporters, eux, apprennent une fois de plus à jongler entre patience, café tiède et cartes d’accès. Prochain rendez-vous : le ciel.
NASA Finds Its Rhythm
Between lunar delays and orbital precision, Artemis waits while Crew-12 moves forward. Falcon 9 liftoff with Sophie on board: Wednesday, February 11.

It felt, in many ways, as if NASA itself was slightly out of sync this Friday, February 6, 2026. Today was originally meant to be historic: the launch of the massive Artemis II rocket, combined with the arrival of the Crew-12 astronauts aboard a Falcon 9 — the “smaller” rocket — here in Florida.
Everything seemed set. Media had been cleared to access the tarmac, as is customary for crew arrivals. But at the last moment, officials asked everyone to stay put. All journalists. All reporters. Not because we were no longer welcome, but because the evolving situation — and the Artemis launch delay — made it a bit premature to move forward. No big deal. For the media, things are actually shaping up quite well. That said, the day perfectly illustrates the contrast in tempo between Artemis, operating on lunar time, and Crew-12, running like a low-Earth-orbit clock.
Things get serious starting Monday, February 9, with the on-site crew press conference at 11:00 a.m. local time (5:00 p.m. in Switzerland). On Tuesday, photographers will finally be allowed to position themselves around the launch tower at Space Launch Complex 40 — now fully adapted for human spaceflight, complete with its dedicated crew access tower. I’m pleased to note that NASA has assigned a select number of us (still not sure who exactly) a special spot for photography. Judging by the map we received, it looks ideal — a map I’ll obviously keep to myself.
The launch itself is still scheduled for Wednesday, February 11 at 6:01 a.m. local time (12:01 p.m. in Switzerland). Timing matters here, because Crew-12 is not a showcase mission, but a key element of the continuous human presence aboard the International Space Station. This will be the 12th operational flight of NASA’s Commercial Crew Program, carried out jointly with SpaceX, using a Crew Dragon capsule launched atop a Falcon 9. The goal is straightforward: rotate ISS crews for a long-duration mission of roughly nine months, ensuring uninterrupted scientific research in low Earth orbit. The schedule was slightly advanced to promptly replace Crew-11, which returned earlier than planned for medical reasons.
The crew reflects that international effort: NASA astronauts Jessica Meir (commander) and Jack Hathaway (pilot), Roscosmos cosmonaut Andrey Fedyaev, and — notably — French astronaut Sophie Adenot, mission specialist for the European Space Agency. This will be her first spaceflight — and already a long-duration mission — underscoring the confidence placed in ESA’s new generation of astronauts.
The European segment of Crew-12 has its own name: Epsilon, Sophie Adenot’s personal mission aboard the ISS. An engineer, helicopter pilot, colonel in the French Air and Space Force, and France’s first female helicopter test pilot, she brings a strong flight-test background to the mission. Her work will focus on biomedical research into human adaptation to microgravity — including blood circulation and cognitive performance — as well as operational and technological experiments relevant to future lunar and Martian missions.
ESA has also highlighted a more unexpected, yet very tangible aspect of the mission: culture and psychology. Sophie Adenot will bring several dishes designed by Michelin-starred chef Anne-Sophie Pic aboard the ISS. Eating well in orbit isn’t a luxury — it’s a factor in morale and performance during long-duration missions.
For France, Crew-12 marks the emergence of a new national astronaut figure following Thomas Pesquet, with a stronger emphasis on flight testing than airline piloting. For Europe, the Epsilon mission sends a clear message: astronauts from ESA’s 2022 class are not limited to short visits. They are stepping directly into the core ISS mission — a gateway toward Artemis and Europe’s long-term human spaceflight ambitions.
For now, watches are set, badges are ready, and lenses are clean. Here at Cape Canaveral, everyone knows that in spaceflight, waiting is part of the journey. Artemis takes its lunar time, Crew-12 keeps its orbital pace — and reporters once again learn how to juggle patience, lukewarm coffee, and access cards.Next stop: the sky.





