Artemis laisse sa place à Sophie
- Roland J. Keller
- il y a 3 heures
- 5 min de lecture
Barrages, reports et longues focales. En Floride, même lorsqu’on ne peut pas s’approcher de la fusée lunaire, le terrain finit par laisser la place à Sophie Adenot – que l’on verra de près dès ce vendredi.

[Cape Canaveral, February 5, 2026, English below] – Lorsque j’ai atterri à Miami, ce lundi 2 février, un autre événement majeur se jouait simultanément à quelques centaines de kilomètres au nord : le fameux WDR (Wet Dress Rehearsal) d’Artemis II. Cet exercice grandeur nature correspond à la répétition complète du compte à rebours et au remplissage en ergols de la fusée Space Launch System avant son tout premier vol habité vers la Lune.
L’opération s’est déroulée sur le pas de tir Launch Complex 39B, au Kennedy Space Center, avec le chargement d’oxygène liquide et d’hydrogène liquide dans le lanceur. En principe, le scénario prévoyait ensuite une simulation complète du compte à rebours, interrompue volontairement à environ T-33 secondes, sans allumage des moteurs ni embarquement de l’équipage — une répétition sans feu, mais pas sans tension.
Hélas, tout ne s’est pas déroulé comme prévu. Lors du remplissage complet du lanceur et du déroulement quasi intégral du compte à rebours, le test a été interrompu à T-5 minutes 15 secondes. En cause : une fuite d’hydrogène détectée au niveau du mât de service, empêchant d’atteindre la phase finale dite de « terminal count ».

Conséquence directe : la fenêtre de lancement prévue en février a été abandonnée. La mission Artemis II est désormais repoussée au plus tôt à mars 2026 — un contretemps de plus pour un programme lunaire qui avance avec prudence… parfois à pas comptés.
Mais d’autres difficultés sont également apparues au cours de ce Wet Dress Rehearsal. Des dysfonctionnements ont notamment été relevés sur une vanne du vaisseau Orion, ainsi que des problèmes audio et des défaillances de caméras, tous liés aux températures inhabituellement basses.
Le froid, justement, a clairement perturbé le lanceur. Une situation qui ne peut s’empêcher de rappeler un précédent resté gravé dans toutes les mémoires : la catastrophe de Challenger, survenue le 28 janvier 1986 dans des conditions météorologiques comparables. À l’époque, le vol avait déjà été repoussé à quatre reprises avant le drame – et j’étais alors sur place, témoin direct d’un contexte où la prudence aurait mérité d’avoir le dernier mot.Sans établir de parallèle excessif, ce souvenir rappelle néanmoins une constante de l’exploration spatiale : face aux lois de la physique et à la météo, l’expérience accumulée reste une alliée précieuse… à condition de l’écouter.

Au final, ce report a plutôt joué en ma faveur. Je venais avant tout avec l’espoir d’assister au lancement de la Française Sophie Adenot, à bord d’une fusée certes moins imposante qu’Artemis II, mais tout aussi opérationnelle : une Falcon 9.L’objectif était clair : couvrir ce vol habité, déjà engagé dans le calendrier, puis — qui sait — tenter ensuite une accréditation de dernière minute pour la fusée lunaire. En reportage spatial, il faut parfois savoir composer avec les reports… et transformer l’attente en opportunité.
Dès lors, ce mercredi 4 février, j’en ai profité pour faire un détour par le Canaveral National Seashore. Un lieu singulier, où l’on peut aussi bien se baigner que s’approcher — à bonne distance — de la fusée Artemis II sur son pas de tir. Hélas, cette fois, la route était barricadée. Un peu déçu, certes, mais pas au point de rentrer bredouille : le téléobjectif (400 mm) a fait son office et m’a permis de capturer la fusée à distance respectable, dont voici une image.
Artemis Steps Aside for Sophie

Roadblocks, delays, and long lenses. In Florida, even when getting close to the Moon rocket isn’t an option, the field eventually makes room for Sophie Adenot – whom we’ll see up close tomorrow.
When I landed in Miami on Monday, February 2, another major milestone was unfolding a few hundred kilometers to the north: the long-awaited Wet Dress Rehearsal (WDR) for Artemis II. This full-scale test is a complete countdown rehearsal and propellant loading of NASA’s Space Launch System ahead of the program’s first crewed mission toward the Moon.
The operation took place at Launch Complex 39B at the Kennedy Space Center, with liquid oxygen and liquid hydrogen loaded into the rocket. Under normal conditions, the plan called for a full countdown simulation, intentionally stopping around T-33 seconds, with no engine ignition and no crew onboard — a rehearsal without fire, but not without tension.
Unfortunately, things didn’t go entirely as planned. During the full propellant loading and near-complete countdown sequence, the test was halted at T-5 minutes 15 seconds due to a hydrogen leak detected at the service mast. The issue prevented the operation from reaching the final phase known as the “terminal count.”
The immediate consequence was clear: the February launch window was scrapped. Artemis II is now postponed to no earlier than March 2026 — yet another delay for a lunar program moving forward cautiously… sometimes at a measured pace.
Additional issues also surfaced during the Wet Dress Rehearsal. Engineers reported malfunctions involving a valve on the Orion spacecraft, along with audio issues and camera failures, all linked to unusually cold temperatures.
The cold, in fact, played a significant role in disrupting the rocket. It inevitably brings back memories of a tragedy etched in spaceflight history: the Challenger disaster on January 28, 1986, which occurred under similarly cold weather conditions. At the time, the launch had already been postponed four times before the fatal decision to proceed — and I was there, witnessing firsthand a context where caution should have prevailed.
Without drawing excessive parallels, the memory serves as a reminder of a constant in space exploration: when physics and weather are involved, experience remains a critical ally — provided it is truly heeded.
In the end, the delay worked somewhat in my favor. I had come primarily hoping to cover the launch of French astronaut Sophie Adenot, aboard a rocket far less imposing than Artemis II, but no less reliable: a Falcon 9. The goal was straightforward — cover that crewed mission, already firmly on the schedule, and perhaps, if circumstances allowed, try for a last-minute media accreditation for the lunar rocket. In space reporting, adapting to delays is part of the job… and turning waiting time into opportunity is often the name of the game.
So on Wednesday, February 4, I took the opportunity to head over to Canaveral National Seashore — a unique place where you can both swim and, from a respectable distance, catch a glimpse of Artemis II on its launch pad. This time, however, the road was blocked. Slightly disappointed, yes — but not enough to come back empty-handed. A 400 mm telephoto lens did the job, allowing me to capture the rocket from afar. The image speaks for itself.






